Laurence Ferrari/Michel Onfray
- lecirquedesmots
- il y a 9 heures
- 3 min de lecture
j’ai le plaisir de voir en vous un couple d’acteurs culturels réunis le samedi après-midi sur la chaîne de télévision Cnews.
Ce samedi 04 avril Laurence F. a posé cette question : »Comprenez-vous qu’on puisse être choqué ? » En effet la maladresse consistant à comparer les comportements humains avec les comportements des animaux a pu être ressentie dans la chair, par des personnes de couleur leur faisant l’effet d’une indélicatesse.
On a si souvent cru bon de les comparer à des animaux, pour n’avoir pas à entendre ce qu’ils ressentaient ni prendre en considération ce qu’ils pensaient. Dans une scène d’Enfantillages de Raymond Cousse un enfant s’émeut et demande si les animaux ont une âme. On a parfois affirmé qu’ils n’en avaient pas et que ce faisant ils ne ressentaient aucune douleur.
Je pense que ce serait aimable à vous Laurence F. qui êtes sa plus proche auditrice de reconnaître que vous n’avez pas imaginé l’impact que ces propos pouvaient avoir et que vous comprenez qu’on puisse mal le vivre.
Permettez-moi de vous citer ces quelques lignes de Christian le Guillochet. Il formait avec Luce Berthommé un couple à la direction d’un centre culturel. Le livre est paru chez l’Harmattan en 2006 et s’intitule Le lucernaire.
« Nous avons semé des graines dans des cerveaux fertiles, d’autres se sont heurtées à des fronts butés d’intelligence . Il n’est pas vrai que l’espace est un buvard d’utopies. Les idées l’envahissent, se transforment, repartent vers d’autres champs d’expériences, se préparent à être embrassées à leur tour, sont inondées là-haut sous les nuages où la pluie commence. »
Cher Michel O. vous nous avez répondu avoir subi des attaques traumatisantes et c’était déjà bien d’en parler avec émotion. Voici deux strophes de Philippe Jacottet dans A la lumière d’hiver chez Gallimard :
« Les larmes quelquefois montent aux yeux
comme d’une source,
elles sont de la brume sur des lacs,
un trouble du jour intérieur,
une eau que la peine a salée.
La seule grâce à demander aux dieux lointains,
aux dieux muets,aveugles, détournés
à ces fuyards,
ne serait-elle pas que toute larme répandue
sur le visage proche
dans l’invisible terre fît germer
un blé inépuisable ? «
J’espère au vu de la créativité dont vous faîtes preuve que vous saurez, une prochaine fois, réconforter par vos choix d’ouvrages ou de citations des gens de cultures différentes.
Certaines fois les malentendus sont des anecdotes mais d’autres fois ils s’inscrivent dans un contexte si délétère qu’ils réduisent à néant tous les efforts pour que les idées circulent.
Christian Le Guillochet raconte la très belle aventure du Lucernaire et l’enthousiasme qui l’unit à sa compagne. Il révèle aussi les épreuves auxquelles ils ont été confrontés ensemble. Leurs combats n’ont pas tous été gagnés ; ils ont fait face avec dignité et ont donné beaucoup par conviction.
« C’est pour survivre d’intelligence, c’est pour que la communication « communique »,que nous avons entrepris les cafés-théâtre et les « lucernaires ». (…)
Imaginez que l’électronique finisse par nous léguer quelques cerveaux gélatineux, sans âme, sans corps,et qui nous enverraient des signaux de commandement .(...)
imaginez que devant cette force nous abandonnions peu à peu notre pouvoir de réflexion.(…)
Que nous laissions les autres agir à notre place ? Impossible ? Vous croyez ?
Comptez autour de vous ceux qui résistent. Comptez maintenant à la lucarne ou à la radio ceux qui nous informent, ceux qui filtrent,interprètent,commentent,édictent, ceux qui confisquent la parole, combien sont-ils ceux là ?
Commentaires