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Par Frédérique Cohignac

Monsieur Songe de Robert Pinget, incipit.

Vous retrouverez ensuite sous la phrase de Robert Pinget A la page tant saison de ces études préparatoires rédigées en amatrice. Je reprendrai peut-être certains de ces éléments pour poster sur la toile des critiques. J'ose ici faire face au jugement car la liberté se prend. Je suis prête à renier certains de ces écrits, à entendre d'autres lectures. J'ai peur bien sûr de faire des contre-sens. En Littérature on ne doit pas faire dire à l'auteur ce qu'il n'a pas dit. Ces tentatives d'essai de simulacre de commentaires de lecture ont pourtant une certaine valeur, à mes yeux de lectrice de Robert Pinget. Je défend le plaisir de lire, je souhaite faire la part belle au mot « matériau » contenu dans le titre Mahu ou le matériau. Je n'ai pas encore lu les thèses écrites. Ce n'est pas pour garder une certaine fraîcheur, c'est pour partir de ce que j'ai lu. Aller au fond de soi donne lieu à aller vers les autres. Lire est une rencontre. Ce que je ressens en lisant avec la voix de Robert pinget est une fructification. Nathalie Sarraute a écrit Les fruits d'or. Peter Handke à l'occasion de la réception de son prix Nobel s'est laissé photographié avec sur la table des fruits d'Automne .



Robert Pinget semble nous proposer sa place. C'est pourquoi j'ai évoqué l'idée d'un fauteuil dans le texte précédent daté du 15 janvier.

Pour le moins il nous présente sa maison est-ce une maison d'artiste ? Il en existait à Vienne au 19ème siècle mais il s'agissait de cafés dans lesquels les artistes se retrouvaient pour discuter.

Il me raconte (à moi c'est comme cela que je le ressens) d'où il cause. D'où il parle. Il emploie le pronom personnel « je » beaucoup plus tard dans le récit.

Pour autant il est bien présent mais peut-être en congé, un peu absent, en villégiature, au bord de la mer.Il est bien présent pourtant puisque je l'entend. Ce premier chapitre est intitulé en majuscules LE RETRAITE.

Je l'entend se disputer un peu avec sa dame de compagnie. Certains pourraient penser qu'il s'agit d'une bonne, d'une domestique puisqu'il emploie ces mots. Pourtant il lui parle sur un ton familier et c'est ce qui compte. Cette dame fait partie de la maison, ils se connaissent.

Puisqu'il se dispute, j'en déduis qu'il est préoccupé. Dans le commentaire qui suit à propos de l'incipit, je réalise qu'il est certainement triste. Se sent-il menacé de ne plus être le maître chez lui ?

Cette entrée me semble ,in média res, toute en action, en activité, en interaction avec les personnes et le lieu dans lequel les mots lui viennent.

D'ailleurs il se soucie de l'environnement. Il n'est pas dans un lieu fermé.

En exergue une phrase est inscrite sous le titre en décalage vers la droite et en italiques . J'aurai dormi. Suit en dessous la signature Monsieur Songe avec des caractères différents.Ce J en majuscule pour indiquer un début de phrase se situe dans l'alignement vertical entre le o et le n du mot Monsieur situé plus bas.

Robert Pinget tel un poète joue avec les lettres. Il insuffle à son propos ,en esthète qu'il est dans tous ses livres, une rigueur. Le chiffre I est disposé dans l'alignement sous la lettre T de retraité. On descend progressivement pour arriver au premier paragraphe.

L'écrivain bouscule ainsi nos habitudes de lecture car en général on signe à la fin.

Pour moi c'est une manière d'aborder un mystère, le mystérieux Monsieur Songe. On se demande mais qui est-il ?

En plus de la tristesse, je le devine un peu nostalgique. Pour un retraité ce ne serait pas surprenant. Et pourtant Robert Pinget emploie avec la forme du verbe « aurai » ce qu'on nommait jadis un futur antérieur, un irréel du passé. Il induit non seulement une distance,celle entre l'écrivant et l'écrivain mais aussi une hiérarchisation de l'espace typographique et un ordonnancement du temps. Il m'invite à penser que Monsieur Songe se différencie de Robert Pinget. L'importance, le rôle du songe dans la vie de l'écrivain est prouvée par l'emploi de Monsieur. Une appellation ensuite de laquelle on attend un nom patronymique. Chez les modernes ce nom de famille s'oppose au nom d'un fief ou d'une terre. Chez les anciens le nom patronymique est donné au descendant d'après celui d'un des aiëux. Par exemple le nom patronymique d'Agamemnon est Atrides parce que fils d'Atrée.

« J'aurai dormi » se retrouve placé avant le corps du texte. Je note ici que Raymond Cousse dans Stratégie pour deux jambons termine lui son récit par «  j'aurai vécu ». Peut-être ces deux écrivains par des moyens singuliers abordent-ils leur métier, leur difficile vie d'artiste avec le même détachement vis à vis de ceux et celles les enfermant dans une image d'eux-mêmes qui ne leur va pas. N'est-ce pas une manière aussi d'affirmer l'autonomie des écrivains professionnels et l'indépendance de la Littérature. On emploie la formulation «  j'aurai dormi » pour émettre une hypothèse et donc un doute voire un questionnement. On dit aussi ici en France pour s'excuser et signifier qu'on est pas concerné « je n' était pas » même si ce n'est pas tout à fait vrai et qu'en réalité on était pas présent mais concerné tout de même. J'ai pu lire qu'en Suisse on a tendance à faire des blagues assez intenses, condensées pour piquer au vif «  Le Witz ».

Je reviendrai bientôt sur le roman de Raymond Cousse pour le présenter car j'avais déjà écrit un texte à propos de Monsieur Songe mais pas à propos de Stratégie pour deux jambons.

En mathématiques la dénomination «  différentiel « définie un processus : « qui procède par différences infiniment petites ». « Différencier »  signifie séparer par une différence, en lettres mais aussi pour tout le monde. Il s'agit d'un langage courant.

LE RETRAITE comporte six parties se succédant en chiffres romains.

Il y est question de Monsieur Songe.


J'ai évoqué la tristesse et le mot «  ennui » surgit à la ligne 5. Alors que la station balnéaire est évoquée. La solitude n'est pas nommée mais entre l'adjectif «  pleine » associé à l'été, et l'adverbe « très » qualifiant la station ennuyeuse l'hiver, on remarque un fort différentiel. L'été est la saison des moissons et des vacances des enfants. On perçoit un vide et cette solitude pourrait être liée à la nostalgie car l'expression « non loin » d'Agapa révèle un mouvement de l'âme. La négation représente-t-elle un échec, une déception. Dans sa vie privée Monsieur Songe a peut-être perdu quelqu'un. La tasse de café posée sur la table pour débuter le paragraphe suivant est « vide ». La négation est associée à la lecture du journal. Hors on sait qu'un des topos littéraires était de représenter les écrivains assis à une table. Sur une des très belles couvertures visuelles( à mon goût )chez Folio montre une silhouette d'un homme assis à une table et dont on ne distingue pas les traits du visage avant le texte de Peter Handlke Le malheur indifférent. Jusqu'à la ligne 8 le pronom personnel pour désigner Monsieur Songe est celui de la troisième personne du singulier. « Il »

La « feuille » désigne bien le journal cependant pour l'écrivain c'est l'endroit aussi où il se projette où il se donne. C'est une surface qu'il anime associée à la vie au mouvement des lettres. Celle-ci est régionale et la notion de proximité qui faisait souffrir va être dépassée. Cette feuille «  lui donne une contenance vis à vis de lui-même »

Ce dépassement correspond à la ligne 8 avec le changement du pronom personnel « on ». Il sort de lui-même, il s'imagine vu par un autre ou par lui-même. Puis il emploi « un infinitif » « rester assis(...) ne se fait pas » et il donne l'heure ce qui me fait revenir au réel, moi aussi la lectrice.

C'est de nouveau la qualification « Monsieur Songe » qui revient . Le temps du passé est mis à distance par un « il y a longtemps » . Cette expression est située en bas de la page en dernier mot et nous la tournons physiquement quand peut-être il s'agit de partager sa douleur de devoir « tourner la page » au sens figuré du terme. Il y a longtemps est le début d'une contine enfantine : il y a longtemps que je t'aime associée à jamais je ne t'oublierai.

 Nous sommes avec lui. Ironiquement peut-être Robert Pinget évoque l'indépendance du littéraire qui n'a « plus besoin de personne pour lui dicter sa conduite. » ou bine il s'est émancipé d'un proche par la littérature et celui-ci n'est plus. Je reviendrai sur le contexte littéraire et sociétal dans lequel Robert Pinget écrit. Le vocable « dicter » peut s'entendre aussi en tant qu'évocation de l'activité d'écrire, de transcrire, de passer de l'oral à l'écrit. Je note que l'adverbe « sans » évoquant la privation le vide, est accolée à l'adjectif « grande » dans un groupe de mots où il est question de quelque chose d'important. Pour moi c'est un peu déjà une traversée du vide. Deux éléments opposés font naître la vie et le récit avance.

Quelque chose qui l'occupe et le préoccupe reste en suspends. La tristesse est reprise par trois fois dans l'adverbe peut-être. J'y reviendrai mais Maguy Marin avait créé un très beau spectacle intitulé May B. en anglais maybee signifie peut-être Robert Pinget a publié un roman intitulé l'Hypothèse. Un jour les universitaires enseignant en lettres devront plus souvent citer ce livre. Leurs auditeurs et auditrices le connaîtront. Cela deviendra une référence pour cette littérature des années soixante une littérature qui a des rêves, qui émet des hypothèses à la suite d'une époque où l'on songeait. N'oublions pas que chez les anciens interpréter les songes, prendre appui sur l'imaginaire titre d'une collection chez Gallimard avait du sens et de l'importance. Je place quelques documents dans les références de temps en temps pour évoquer les anciens ou les religions ou des notions comme le vide ou l'alchimie.

 Robert Pinget était un précurseur.

Ce peut-être désigne quelque chose qui n'est pas advenu. La répétition est un peu le signe d'un démarrage difficile, d'un moteur se mettant en route. La description de la maison

nous amène à la notion de pouvoir. Mais cette notion est déshabillée, mise à nu, dépouillée, défaite. C'est seulement « la villa domine la mer ». L '« éminence » dont il nous cause est associée à une pente « douce ». Il n'associe pas avec quelque chose qui monte mas qui descend.Robert Pinget dissocie souvent nos a-priori, nos idées, nos suites logiques. Tout ce qui s'impose de fait, machinalement mécaniquement, ce qui est déclenché automatiquement ne l'intéresse pas. Son univers n'est pas celui du calcul de la préméditation. Cela paraît contradictoire tant il est précis. C'est pourquoi dans la deuxième partie de mon étude je m'intéresserai à ce qui est écrit et comment c'est écrit. Je m'appuierai sur quelques autres de ses œuvres. Lorsqu'il parle de la maison il mentionne la « chambre inoccupée » jouxtant celle du maître mais alors il introduit du positif, il restaure une vue commune, un ensemble, en notant un point commun. « ont toutes deux un balcon qui a vue sur la mer ». Après l'avoir entendu et avant de commenter sa manière de regarder,ce sera pour le prochaine fois , remarquons que les trois pièces du bas « donnent » sur l'extérieur et que la chambre de la bonne « s'ouvre ». Autrement dit Monsieur Songe évoque un lieu, celui depuis lequel il écrit, en tant qu'un lieu ouvert. Après quatre paragraphes Monsieur Songe est présenté et a pris place face à la mer en face du soleil, à côté d'un espace vide.


 

 
 
 

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