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Par Frédérique Cohignac

ETUDE PREPARATOIRE au COMMENTAIRE de STRATEGIE POUR DEUX JAMBONS DE RAYMOND COUSSE

Ce texte est mis en ligne et sera complété par les citations extraites du premier chapitre et de quelques explications aujourd’hui même. Puis il sera transmis par courriel à différentes personnes lettrées.

Je le mets en ligne  à 12H45 par précaution parce que Brigitte Macron était professeure de français. Des personnes en lien  avec ma famille ont travaillé au « service de communication de l’armée ».

ETUDE de  STRATEGIE  POUR DEUX  JAMBONS DE POUR RAYMOND COUSSE

 

Le cochon auquel Raymond Cousse donne la parole pourrait éveiller parmi les lecteurs et les lectrices le souvenir du Roman de Renart. Voici comment Gabriel Bianciotto présente celui-ci 

Il explique ensuite que le mot Renardie devient d’un usage courant et «  signifie à la fois l’intelligence pratique de la ruse chez l’animal en quête de proi, et la science du verbe, la séduction par la parole : art de saisir au vol une faille dans le discours de l’adversaire pour imaginer aussitôt un piège.(…) A l’animal trop petit et trop faible pour triompher par la force, la renardie, à travers des démarches strictement verbales, permet constamment de nier la vérité qui s’étale sous les yeux de la victime et de laisser désarmé, l’adversaire pourtant plus puissant. Renart «  rejoint par là d’autres  personnages des fabliaux (…) qui transforment en nuées la réalité qui leur est défavorable «.

Le texte du  Roman de Renart est un creuset écrit et recomposé à partir de différents récits du Moyen-Age. L’origine est savante et « aboutit à un texte neuf, en langue vulgaire et de tonalité populaire, fondateur d’une longue tradition littéraire européenne. »  Gabriel Bianciotto cite deux avant-textes en latin rédigés aux alentours de l’ année 1150 ;  »l’œuvre serait un écho aux conflits féodaux qui ont agité l’époque. Ainsi des vassaux ambitieux traîtres et débauchés  résistaient aux derniers rois Carolingiens ou bien des conflits opposaient entre elles des  aristocrates dont les noms renvoyaient parfois aussi à une fonction que la famille possédait  » La présence simultanée de deux univers humain et animal, en superposition, avec un jeu constant d’équivoques sur le langage fait l’originalité de ce Roman de Renart. 

 Le  cochon de Stratégie pour deux jambons   semble bien lui aussi nous jouer des tours, pour autant peut-on le réduire à un fripon ? Il partage avec cet ancêtre venu de la Littérature « une ruse humanisée et quotidienne, en rien réductible à une division manichéenne du monde où il incarnerait le mal ; «   (… ) La parole de l’animal calque le discours humain et le traducteur  évoque la relation entre l’homme et l’animal en ces termes. » Renart utilise une ruse qui ne met rien d’autre en œuvre que le langage, retournant contre l’homme son nouvel outil. » D’autres études de professeurs.res sont citées dans cette préface où il est encore noté : » la spécificité renardienne  se construit en miroir des autres textes de son temps. Pervertissant les modèles d’écriture auxquels il emprunte , il met au jour, dans les failles de son tissu narratif, avec humour et provocation, leurs failles propres. »Entre la captatio des modèles et  leur séductio( détournement, dévoiement) , il fait place au désir (…)et renverse des thématiques des thématiques comme celle de la fin armor. Ainsi Renart fait « des clins d’œil au roman courtois et certaines scènes renvoient à celles des romans de Chrétien de Troyes. » Une des branches représente une apocalypse et apparaît à J-R.Scheidegger comme une réécriture de la disparition du monde arthurien à la bataille de Salesbieres dans la Mort artu.


« La satire des pouvoirs religieux judiciaires dévalorise les images d’une cour, lieu de vices où les courtisans se déchirent. Seule la sottise de l’adversaire assure le triomphe de Renart.  Le paradis qu’on lui promet n’est-il pas le lieu dévalué où sont reléguées les âmes de ceux que la société n’a pas voué aux richesses et à la toute-puissance ?

Gabriel Bianciotto conclut sa très belle préface par la défense d’un Renart certes « fourbe mais en qui on peut voir le représentant et la justification des faibles ,  auxquels l’intelligence et la subtilité, seules permettent-parfois- de prendre quelques revanches sur les pouvoirs. »

Les auteurs du Roman de Renart  exercent leur esprit critique sur les relations entre l’individu et la société. Il me semble que ces relations constituent aussi   le thème principal du roman de Raymond Cousse paru en 1978 aux Editions Flammarion, puis ensuite chez d’autres éditeurs. Je place des photos avec les différentes  couvertures dans les références.

 Le but de ces auteurs était de faire rire et je pense que c’est aussi le but de Raymond Cousse. Cependant si  Renart est à la fois « l’universel trompeur et la perpétuelle victime dans un  monde sans transcendance  ,  dans lequel  les mobiles et les justifications des actions sont réduits aux besoins élémentaires du corps, faim et possession sexuelle (…) »  Raymond Cousse dans  Stratégie pour deux jambons  propose au public de sortir de « cet ordre immuable fait d’équilibre entre force et ruse du temps de Renart » par la prise de conscience des rouages enchaînant les êtres humains dans une société démocratique  qui fait primer le domaine économiques et ses exigences sur le domaine  politique et l’idéal d’une meilleure répartition des richesses. La libération individuelle qu’il propose est liée aux possibilités que le langage offre pour nous saisir avec discernement des réalités du monde. Au lieu de subir dans notre corps, au lieu que nos sensations et nos émotions nous paralysent, la verbalisation est l’occasion de dialoguer, d’échanger des points de vue et de rencontrer l’autre dans sa différence de rapport au monde.  Quel développement sociétal pourrait-on espérer si le commun des mortels ,  tout un chacun, avait les moyens de s’exprimer, de lire d’écrire.   Chacune manifesterait par sa façon de s’adresser à autrui, sa manière propre d’appréhender le monde. Hors on peut dire que la Littérature est  entre les années soixante et les années quatre vingt en danger. Depuis la situation s’est dégradée. La Littérature sans doute ne concernera bientôt plus qu’une élite. Sa chance de survie cependant réside dans le fait que partout dans le monde on lit et que les traducteurs et traductrices sont à même d’aider à diffuser les oeuvres. C’est pourquoi l’enseignement du français langue étrangère m’intéresse et la littérature comparée qui facilite les échanges culturelles.

Voici comment  le déclin des langues est envisagé  dans Le nouveau dictionnaire encyclopédique des sciences du langage publié au seuil dans la collection Points 

Les auteurs rassemblés par Oswald Ducrot et Jean-Marie Schaeffer supposent «  Que l’histoire des langues a été une création. (…) La langue n’était  pas un moyen,  mais une fin : l’esprit humain la façonnait comme un oeuvre d’art, où il cherchait à se représenter lui-même.  Cependant  les professeurs constatent que « la remise en cause s’est effectuée dès l’Antiquité classique, lorsque l’homme, préoccupé de faire l’histoire, n’a plus considéré la langue que comme un instrument de la vie sociale. Mise au service de la communication, la langue n’a plus cessé de détruire sa propre communication. La plupart des comparatistes -Bopp et Schleicher-attribuent ce déclin à l’attitude de l’homme historique vis à de la langue, qui est une attitude d’utilisateur. : il traite la langue comme un instrument de communication dont l’utilisation doit être rendue aussi commode et économique que possible. 

 Il est bien question ici de la pluralité et de la diversité des façons de parler,  de formuler une opinion, et de la possibilité pour un individu de s’opposer à des idées toutes faites.

 Dans l’Apologie Platon fait apparaître un Socrate, qui témoigne de cette conviction que seule la philosophie fait que , pour un être humain, la vie vaut d’être vécue. Socrate   a été cité à comparaître à 70 ans en 399 av JC. Il répond à ses juges  qu’on devrait le condamner à se faire entretenir, au vu de tout ce qu’il contribue par sa réflexion philosophique à la vie de la cité. Mais sa proposition est considérée comme une provocation. Il demande plutôt qu’à être mis à mort à vivre aux frais de la société. Mais alors sa vie, sans liberté, vaudrait-elle d’être encore d’être vécue ?

 Raymond Cousse en nous faisant imaginer par son intermède  mener une vie où il serait entretenu dans un élevage par un porcher ne va-t-il pas dans le sens de Socrate, ne plaide-t-il pas pour la défense de l’écrivain philosophant. Cette apologie Lamartine l’à rédigé d’après Platon mais sous forme de vers et n’emploie sur presque 80 pages dans mon exemplaire à seulement deux ou trois reprises le pronom personnel à la première personne du singulier » je ». C’est qu’à l’époque Socrate ne l’emploie pas non plus.

 Raymond Cousse plaide pour  la défense d’un langage littéraire approprié à développer des réflexions ? Mais quelle place est accordée à la Littérature dans la société française des années 60 aux années 90 ?

 

  L’accès à l’expression orale ou écrite d’une majorité de personnes est vital non seulement pour faire fonctionner une démocratie mais aussi faire diminuer le niveau de violence, au niveau national ou dans les relations internationales. Hors je comprends très bien que des politiques et notamment des libertaires se révoltent à l’idée qu’on ne lit pas Raymond Cousse. Cependant moi je pense que son écrit n’est pas à caractère politique car alors il s’agirait de prendre des mesures pour répondre à des questions .

Comment inciter certaines personnes à manger moins de viande ? Comment abattre les animaux puisque certains pays du nord de l’Europe déplacent des camions aménagés en abattoir sur les exploitations ? Bien sûr on peut faire une lecture politique de son ouvrage mais cela reste une lecture parmi d’autres. On peut se poser des questions sur la façon dont certains journalistes ou certains éditeurs monopolisent la parole ou diffusent toujours les mêmes idées mais Raymond Cousse lui ne fait par son ouvrage que susciter la réflexion et participer comme d’autres au débat. Si c’était un écrit à caractère politique il proposerait des pistes pour des solutions pratiques ce qui n’est pas le cas.

Moi je défends l’idée que plusieurs lectures d’un même texte peuvent se rencontrer. Ainsi conformément à ma problématique globale j’étudie  ces auteurs autour de la façon dont ils recherchent l’Autre en descendant d’abord au fond d’eux même pour y faire le vide et trouver l’accès à l’Autre  par les mots.

 J’examine comment ces trois auteurs s’inscrivent à la fois dans une  tradition littéraire et dans une  actualité littéraire. Elle est animée  dès 1969 par la conférence que Michel Foucault présente à la Société française de philosophie intitulée Qu’est-ce qu’un auteur . « Dans le compte rendu de la séance  publié il est écrit  : « la marque de l’écrivain n’est plus que la singularité de son absence ; il lui faut tenir le rôle du mort dans le jeu de l’écriture ». On peut comprendre que des écrivains ressentent le besoin de réagir. D’autant que dans ce même compte rendu  il note que « cette notion d’auteur constitue le moment fort de l’individualisation dans l’histoire des idées ». Là je suis d’accord et parce que les trois ouvrages que j’ai choisis traitent de la question de l’Autre, ils sont pour moi à étudier avec ce qu’on nomme  La question de l’Homme.  La façon de percevoir l’homme dans la société influe aussi sur la façon dont l’Homme se comporte en société. Suivant la religion à laquelle on adhère, la liberté de penser n’est pas la même. Pourtant pour vivre ensemble et régler par la parole les conflits qui opposent il faudrait mieux se rencontrer par la parole. La littérature nous y aide. Scarron (1610 -1660  ) posait la question de savoir si l’homme pourrait être un animal raisonnable. Avons-nous beaucoup progressé en ce sens ?  Raymond Cousse Robert Pinget partagent le même scepticisme. Robert Pinget s’inquiète de ce que deviendront les déchets dans son ouvrage publié 1982. Plus de trente ans après on a bien fait quelques efforts. Dans Stratégie pour deux jambons le cochon d’élevage pense que l’homme est la pire engeance qui soit. Au vu et au su de la façon dont l’élevage intensif est pratiqué  on peut comprendre.

 Raymond Cousse œuvre pour une liberté de penser le monde en défendant la littérature. Mais je reste ouverte à la discussion avec d’autres analyses. Cette Stratégie pour deux jambons de Raymond Cousse pourrait être  analysée comme une Sotie c'est-à-dire une pièce  d’actualité interprétée au Moyen-Age par les Sots. Ces « enfants-sans –soucis «   fondaient leur système de satire sur cette hypothèse que la société tout entière est composée de fous. Sa plus brillante période fut sous Louis XII.(1462 – 1515).

Selon la première épître aux Corenthiens de Saint-Paul « la sagesse de ce monde est folie devant Dieu » Erasme ( 1509) décida alors de donner une personnalité à cette folie et d’en faire la protagoniste de son œuvre : L’éloge de la Folie ( 1511)«  L’atmosphère humoristique dans laquelle baigne son œuvre n’empêche pas pour autant de déceler les absurdités et les incongruités qu’elle dénonce. L’éloge éponyme de cette œuvre est rédigée à la première personne par nulle autre que la Folie ou la Sottise. La Folie demandait à être écoutée de la même manière qu’on écoutait des charlatans de foire , ou les bouffons, ce qui obligeait à se poser la question de la validité de ses propos. » Collection apprendre à philosopher éditée par RBA  parrainée par Jean Birnbaum et diffusée voici quelques temps par le journal Le Monde

Alors pourquoi ne pas imaginer un cochon doué de langage et l’écouter ?

 

Michel Foucault rapproche ses recherches sur l’histoire de la folie d’une histoire de l’Autre. Dans sa préface de Les mots et les choses il explique qu’une histoire de l’ordre des choses serait une histoire du Même.

 « Rousseau dans ses Confessions s’exclame en ouverture « Voici le seul portrait d’un homme, peint exactement d’après nature(…) et souhaite « au nom de toute l’espèce humaine de ne pas anéantir un ouvrage qui peut servir de première pièce de comparaison pour l’étude des hommes qui certainement est à commencer et de ne pas ôter à l’honneur de ma mémoire le seul monument sûr de mon caractère qui n’ait pas été défiguré par mes ennemis. »Il demande aussi à ses ennemis : »de ne pas porter votre cruelle injustice jusqu’au temps où ni vous ni moi ne vivrons plus(...) »

Vis à vis de tout ce que confie Rousseau J.B. Pontalis éduque les lecteurs dans sa présentation de l’ouvrage aux Editions Folio classique  : nous n’avons ni à l’absoudre ni à sonder ses reins et son coeur (forme moderne de la persécution ). Ni à faire effraction dans son espace, ni à nous en tenir à prudente distance ; plutôt nous ouvrir au sien, pour étendre le nôtre.

 J.B Pontalis note :« Ce qu’il perçoit en lui ce n’est pas le conflictuel (entre des forces contraires )mais le dissemblable. Il ne saurait être tout entier présent dans l’ensemble de ses actions. Elles le surprennent parfois en spectateur. «  P 21 Folio classique J.B Pontalis oppose le vide intérieur à une complétude. On peut cependant avec les apports de la sociologie transmis par Nathalie Heinich envisager une dynamique intérieure.

Nathalie Heinich. Ce que n’est pas l’identité coll. le débat chez Gallimard. après avoir appuyé sa réflexion sur différents sociologues et philosophes propose un modèle très pertinent pour définir l’identité en dynamique. L’individu n’est pas fait seulement de ce que le sujet perçoit en lui-même ou au contraire présente de lui-même mais aussi de ce qui lui est renvoyé par autrui, ce qu’elle nomme la désignation.

Ainsi l’identité de l’auteur et donc l’Espace littéraire pensé par Maurice Blanchot chez Folio Essais ou l’Espace du dedans comme le nomme Henri Michaux aurait des limites  . (P 68) L’une est constituée de la désignation (par autrui ) de la présentation (pour autrui) et de l’auto-perception (de soi à soi). Distinguer ces trois moments de l’identité permet à la sociologue de saisir la subtilité des jeux identitaires. Leur discordance est source de tensions mais l’identité n’est réductible à aucun de ces moments et entre ces limites il s’agit bien pour l’individu d’exercer sa liberté.

Ce cadre théorique est utile pour la réception mais aussi pour percevoir comment Raymond Cousse et les deux autres artistes traversent ce vide intérieur en rétablissant un certain équilibre qu’ils cherchent en composant avec ces trois moments de l’identité. Avec ce cadre théorique je reviendrai aussi vers  les analyses de texte pour mieux  saisir la portée des jeux de mots. Car alors la stratégie dont il est question ici serait une stratégie langagière pour accéder au réel, aborder le monde et les défis, regarder la société de consommation et envisager l’avenir. Les murs de la « crêch » pourraient figurer ces limites qui séparent l’écrivant des autres lorsqu’il se retrouve seul avec lui-même.Cet espace pourrait être celui que Maurice Blanchot tente de définir dans L’Espace littéraire. Un espace vide que les paroles traversent. Dans le chapitre sur l’espace et l’exigence de l’oeuvre p 61 collection folio essais (1955) « L’oeuvre exige de l’écrivain qu’il perde toute nature, tout caractère, et que cessant de se rapporter aux autres et à lui-même par la décision qui le fait moi, il devienne le lieu vide où s’annonce l’affirmation impersonnelle. » S’il fait le vide en lui l’écrivain alors ne disparaît pas mais s’efface un moment.

Ce beau titre L’espace vide a été donné par Peter Brook à l’un de ses ouvrages racontant sa vie de comédien de théâtre.

Monsieur Songe est défini seulement par ce que son nom signifie, un participe présent substantivé du verbe songer, mais ne désigne personne en particulier par sa fonction sociale, son métier, ses habits, sa famille.  On le voit à la fin moins triste qu’au début, au village parmi d’autres et certains des personnages d’autres romans de Robert Pinget.

Raymond Cousse  après s’être adressé au plafond en parodiant  la manière dont les catholiques s’adressent à Dieu  «  qu’il se le tienne pour dit »  reprend la même incantation, la même formule envers lui  « Que je me le tienne pour dit. » Il y a une volonté de traiter chacun avec équité sans pour autant se dédouaner. Il s’agit bien d’être parmi les autres. L’Autre ici c'est le public auquel l’auteur intervenant  directement dans le récit s’adresse à de nombreuses reprises. L’Autre est le commun des mortels, un semblable.  La littérature dans Stratégie pour deux jambons est avant tout un moyen d’émancipation collective..

Dans Stratégie pour deux jambons, Le roman de Renart, Monsieur Songe et comme nous le verrons un peu plus tard, dans l’Essai sur le fou de champignons. Une histoire en soi. de Peter Handke la fin reste une forme ouverte. Des protagonistes un peu différents des personnages au sens traditionnel du terme sont à l’œuvre. Ce  cochon et  Monsieur Songe ont sans doute un point commun quant à leur constitution, on peut les relier au Nouveau Roman qui comme l’indique Peter Handke dans l’un de ses écrits « a posé les bonnes questions ». Si le titre choisi par Peter Handke pour la traduction française évoque la folie, le terme allemand évoque lui le verbe « narren » qui à la fois exprime le fait de raconter mais aussi d’inventer n’importe quoi. Ces trois écrivains  ont tous les trois traversé de nombreuses épreuves pour rencontrer leur public. En partie parce qu’on reprochait à ces artistes de la parole, d’être des personnes trop différentes des autres.

C’est pourquoi il me paraît si important de comprendre et de comparer ces trois œuvres dans lesquelles ils évoquent, chacun  leur travail d’écrivain, sans tomber dans le piège autobiographique, mais en faisant face au public et aux questions débattues dans l’actualité littéraire, face à la critique journalistique  , aux éditeurs et aux autres écrivains.nes. Alors qu’on les traite de fou ils répondent oui pas de problème je vous raconte l’histoire d’un fou et c’est l’occasion pour le lecteur de s’interroger sur qui est le fou. Est-ce celui qui écrit ou bien celui dont on parle. Peter Handke réalise alors un tour  de force qui consiste à nous familiariser avec un personnage dont finalement la seule folie est de chercher ses mots, comme on cherche des champignons pour  le plaisir de se nourrir pas seulement le corps ou l’âme mais aussi l’esprit.

La forme du texte de Raymond Cousse peut dérouter car elle est surprenante à bien des égards. En effet le pronom « je  »qu’il emploie  peut référer tantôt à l’animal d’élevage , tantôt à un «  je » humain parmi tant d’autres, presque anonyme. Rien ne nous empêcherait, à priori, de nous identifier à ce « je » sauf qu’il s’agit d’un cochon, être vivant  dont nous nous croyons très différent. Et ce n’est pas tout à fait non plus une identification, ni une catharsis  que nous propose Raymond Cousse  lorsqu’il le défend cet animal.  Il nous propose d’imaginer comme lui que nous soyons des cochons. Pour que nous acceptions sa présence et que nous renoncions à le mépriser et à simplement le faire tuer pour le manger sans s’intéresser à la vie qu’il mène ni à ce qu’il éprouve. Il nous invite à partager sa « crêch » comme on dit en Bretagne. Pour nous le rendre familier l’auteur n’hésite pas non plus à nous faire rire en jouant  sur le fait  qu’un cochon dans le langage courant  désigne un homme motivé principalement par le plaisir et qui multiplie à cet effet ses rencontres amoureuses.

 Un des enseignements que l’on peut tirer de la  lecture de leurs trois ouvrages c’est qu’ils n’ont pas peur des mots. C’est grâce à la littérature et donc à leurs connaissances qu’ ils affrontent en public leurs détracteurs ou débattent à leur manière  des problématiques dont s’emparent certains intellectuels. Face au  texte de Roland Barthes » La mort de l’auteur » Robert Pinget a pu être inspiré par  Les  rêveries d’un promeneur solitaire  de J.J. Rousseau     pour créer Monsieur Songe «  Je m’imagine (…) que je dors d’un mauvais sommeil. Oui, sans doute,  il faut que j’aie fait sans que je m’en aperçusse un saut de la veille au sommeil ou plutôt de la vie à la mort. »

Cette oeuvre phare a peut-être aussi ému Raymond Cousse « Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même.(…) Mais moi, détaché d’eux, détaché et de tout, que suis-je moi-même? Voilà ce qui me reste à chercher. Malheureusement cette recherche doit être précédée d’un coup d’oeil sur ma position. C’est une idée par laquelle il faut nécessairement que je passe pour arriver d’eux à moi. »Dans l’incipit de Stratégie pour deux jambons cette idée par laquelle il faudrait passer ressemble à cette porte. La porte à claire -voie devant laquelle l’écrivain se situe avant de nous inviter à rentrer pour partager son intimité. Le terme de claire -voie me fait penser au vide que Robert Pinget décrit faire en lui pour trouver sa voix. On retrouve aussi le mot coup d’œil.

A propos de Rousseau J.B. Pontalis remarque« Ce que le destin ou lui-même lui ont refusé, nous pouvons lui offrir, demeurer tout au long de sa course exaltée et de ses haltes sans repos, son proche compagnon. «  C’est me semble-t-il le voyage que nous propose Peter Handke dans l’Essai sur le fou de champignon. Une histoire en soi. L’écrivain autrichien vivant en France nous apprend à être le compagnon de celui qui cherche l’ami disparu dans la forêt. De celui que l’on trouve en savourant les mots qui viennent à la bouche, le long de la quête de sens où là guidé par le souvenir d’un être cher.

Avec ses connaissances  le fou de champignons  choisit de cueillir  tel champignon dont il décrit si finement et précisément l’apparence  que nous nous nous régalons avec lui de l’odeur et de la saveur, de la texture. Sans que l’eau ne monte à la bouche il nous fait partager la joie de trouver un mot qui exprime ce qu’on avait à dire au fond de nous comme au fond d’une forêt. C’est cette joie immense, cette satisfaction qui se perd aujourd’hui parce que nous ne faisons pas le vide en nous, nous sommes sans arrêt sollicités, nous ne savons plus nous arrêter ni refuser ce trop plein qui nous envahit et nous aliène. Peter Handke évoque lui aussi le fiel déversé dans la vie de tous les jours et que dire des sollicitations des écrans. Au lieu d’une histoire où l’on se perd l’écrivain nous accompagne dans une forêt où l’on  trouve grâce aux mots de quoi s’épanouir et où les protagonistes finissent par se retrouver. Pour Pontalis reconnaître Rousseau dans sa différence, c’est aussi comme une chance de naître à nous-même. Alors reconnaître Cousse, Handke, Pinget dans leur différence est aussi cette chance de nâitre à nous-même.

L’ »ambroisie « nous raconte Robert Graves dans son livre La Nourriture des Centaures offerte aux vainqueurs de jeux olympiques fut pendant un temps un mélange d’aliments dont les premières lettres des noms formaient le mot champignon en grec. De même que celles des noms des ingrédients, cités par les auteurs classiques, servant à préparer la boisson parfumée à la menthe de Déméter à Eleusis. Dans  notre imaginaire il me semble que le champignon est associé à la curiosité et à la surprise. C’est un organisme vivant poussant très vite sous l’effet conjugué de la pluie, de l’humidité et de la recherche de lumière. Si les mots étaient des champignons c’est encore plus beau de savoir d’où vient leur nom grec.

 Pour analyser les trois ouvrages j’ai choisi le vide car je pense qu’il est un élément moteur de la création. Le récit de création du monde par un Dieu chrétien se fait par le souffle avec « au commencement était le verbe ». Personnellement je crois en un principe créateur mais je lis les textes religieux comme des œuvres littéraires enseignant à vivre avec le vide. Pour moi notre âme est constituée de vide et donc de ce principe vital .  Nous  sommes à même soit par une pratique spirituelle, soit par une activité  de notre esprit, soit par des actions de notre corps  influer sur le monde et vivre en harmonie avec notre entourage.  La voix comme l’explique Robert Pinget vient de ce qu’il fait le vide en lui. Peter Handke a beaucoup décrit dans quelques uns de ses essais la façon dont il se confronte au vide, comment il le traverse avec des mots. Ce qui caractérise la crêch de Raymond Cousse dans Stratégie pour deux jambons c’est qu’elle est vide. C’est pour moi un lieu à la fois réel et un lieu qui pourrait figurer un espace littéraire à l’ intérieur de nous- même.

Raymond Cousse s’est  défendu sur un plan littéraire et je souhaite défendre ses œuvres sur un plan littéraire. Les attaques qu’il a subies et celles que je subis sont des attaques sur la vie privée, sur la personne, sur l’intimité. Me voler la fleur blanche coupée par ma bonne –maman et placée entre les pages  62 et 63 dans le livre de Lamartine sur le texte intitulé La mort de Socrate alors que mon bon-papa aimait les livres et qu’il est décédé en 1963 quelques semaines après ma naissance, c’est minable. Voler ma plaque en liège datant de la première guerre mondiale sur laquelle figure un de mes aïeux parce que des abrutis.es  me suivent au cimetière de Précy sur oise et après avoir vu ce que j’ai laissé pour des générations futures mais aussi en mémoire de mes aïeux n’ont qu’une chose en tête voler les originaux et détruire s’approprier une histoire qui non seulement ne sera jamais la leur mais définitivement ne ressemblera plus jamais à la mienne; voler mes livres de grammaire et de stylistique, fouiller mes ordinateurs, voler encore le livret militaire de mon oncle, le livret scolaire de mon grand-oncle et de mon bon- papa, voler le document attestant qu’il a bien reçu la légion d’honneur fait de vous des personnes à châtier. Me voler mon exemplaire de Stratégie pour deux jambons avec tous les repérages coloriés dans le texte ne vous mènera nulle part.

 C’était bien à Raymond Cousse de renvoyer publiquement à leur incompétence des incompétents qui l’empêchaient de gagner sa vie d’écrivain en faisant du théâtre. Bien sûr cela était un piège et on aurait voulu qu’il les ignore, qu’il passe au-dessus.  Mais comment, avec quel soutien moral et financier ?

Lorsque qu’il dédie » à mes chiens » son ouvrage paru dans la collection livre de  poche au début du livre il dénonce  ses détracteurs et il les remet à leur place sur un plan littéraire. Rabelais dans la préface de Gargantua compare ses lecteurs à des chiens cherchant la substantifique moëlle dans l’os qu’il leur donne à ronger. Mais son honneur a peut-être été « donné aux chiens » pour reprendre une expression de François Mittérand à propos de l’un de ses ministres.

  Raymond Cousse défend le cochon et sait sans doute ce que coutait dans les débuts du livre les pages écrites sur des peaux d’animaux. Il fallait des troupeaux entiers pour fabriquer un livre puis ensuite on a continué à relier les livres avec du cuir même si les moulins à papier ont fabriqué différentes pâtes à partir des bois. Ma famille est une entité explosée que vous faites semblant de réunir mais j’ai eu le temps de donner à ma correspondante un poème sur du papier fabriqué dans un ancien moulin. Ingrid m’avait fait parvenir une photo en noir et blanc. J’ai cherché pendant si longtemps qu’il n’y aura jamais aucun pardon pour vos vols de mes courriers vers l’Allemagne. Ma pauvre bonne-maman quand j’ai choisi un poème de langue allemande était bien désolée.  Puis j’ai retrouvé les traces de ce que j’ai vécu. Je ne partage pas. Ingrid était habillée aves des vêtements typiques et connus. Si mes élèves n’en n’ont pas eu assez des films publicitaires à la con c’est tant pis pour eux. Cependant pour l’un d’entre eux j’expliquerai ce qu’on m’a fait, comment des recherches dégoutantes échappent à ceux qui y participent et me fliquent. Dans le train un jeune homme a été appelé sur son tel par un sms. Des que j’ai vu la vitesse avec laquelle il répondait j’ai senti le danger. Je suis écarté. Les personnes qui sont contre la France et qui utilisent les techniques de piratage tel et informatique ouvrent des voies que d’autres suivent. Ainsi tout le monde est repéré par ces taupins pourris, tout le monde devient une cible. C’est pourquoi je fais attention à ne pas cliquer quand l’écran affiche une annonce qui serait susceptible d’intéresser la mesure d’audience  et ceux celles des plus abrutis.es

Qui veulent connaître mes gouts sans me connaître, m’analyser à ma place. Quelques jours après les vols de données sur les papiers d’identité et très rapidement après mon voyage une attaque ciblée coordonnée par des ennemis de la France a fait tomber des militaires. Pour viser un groupe précisément on s’est servi peut-être d’un recoupement d’informations vendues sur le dark –ness. Tous les conflits peuvent être résolus par une pratique humaine du langage, pas par des automatismes, pas par des viols d’information concernant l’intimité d’une personne.

Mon deuil vous ne me verrez pas le porter mais si vous voulez continuer à m’attaquer chez moi, de l’intérieur de mon pays et de ma région,  c’est pas vos papiers vrais ou faux,  et vos pressions parce que je sui critique amatrice qui vont m’empêcher d’honorer mon pays, ni non plus mes racines. Beaucoup d’écrivains ont pratiqué l’écriture critique et ou la lecture d’image. Raymond Cousse a lui aussi écrit un ouvrage critique. Il a critiqué des personnes écrivant dans la presse en se mettant au même niveau que les Littéraires. Ce n’est pas mon cas, c’est pourquoi tout est en accès libre. Je n’ai pas voulu mettre en ligne hier la fête n’aurait pas été partagée. Aujourd’hui c’est différent.

Je ne me bats pas contre des personnes qui, à l’étranger, font la guerre parce qu’ils n’ont accès à aucune démocratie, ni aucun confort de vie.Ici les Libertaires ont renoncé à la violence. J’ai été assez violentée dans mon pays.

J’ai employé  pour qualifier les ouvrages choisis un terme qui est un peu barbare pour les littéraires français. «  Auto-réflexif » je reviens sur ce choix.

J’avais fait ce choix parce que mon hypothèse est que l’on peut conceptualiser l’âme constituée de l’élément vide. Puisqu’elle peut être traversée elle offre peut-être la possibilité de relier l’esprit avec le corps. Les chrétiens envisagent « le saint – esprit » et font un signe allant horizontalement de gauche à droite. Le vide se trouvant aussi à l’extérieur de l’individu l’activité spirituelle doit être admise respectée aussi dans ses différences car cette activité modifie l’extérieur de l’individu ses rapports au monde qui l’entoure son environnement aussi humain.

On peut avec seulement une activité de l’esprit liée au langage, par la Littérature, sans foi spirituelle, sans pratique religieuse, interagir avec les monde extérieur. Merci Monsieur Habermas pour vos interactions, et paix à votre âme, que votre esprit soit par l’activité de lecture, soit par la connaissance de vos ouvrages et théories, plane encore longtemps au dessus de nos têtes ou plutôt en nous. La vie est un cycle et l’air qui contient le vide pénètre notre organisme. Merci Monsieur Bachelard pour L’air et les songes , essai sur l’imagination du mouvement qui donne une définition du vide sans le nommer.

Lorsque j’employai  le terme  « d’auto-réflexivité » c’était pour décrire le fait que cet espace intérieur mis au jour par ces écrivains là leur donne un élan grâce à l’action du vide qu’ils font en eux. Ils se différencient ainsi de ce qu’ils étaient avant d’écrire cet ouvrage là où cette période là de leur vie d’artiste, préoccupés qu’ils étaient . Mais pour que l’Esprit puisse, sans l’âme cultivée par une pratique spirituelle, traverser celle-ci et influer sur le corps et peut-être inconsciemment sur l’extérieur, sur l’environnement, il faut une activité sociale, socialisante à la personne de l’écrivain, qu’il soit écrivain poète ou écrivain philosophe.

Je transmettrai, vous ne pourrez pas m’en empêcher car je peux passer par les réseaux sociaux aussi l’ensemble de mes textes et ce sera plus compréhensible à celui qui n’apprécierait pas d’être informé en dernier et par n’importe de ce qui se s’écrit sur ou à propos de ses livres. Pour Raymond Cousse pardonne-moi  mon unique lecteur qui n’a pas fait d’études de Lettres.  Je voudrais dire que c’est une chance de l’avoir rencontré quelques minutes. La chaleur de sa main est un océan de douceur qui  me portera encore et toujours pour finir la rédaction de mon travail, aussi sombre soit l‘avenir, c’est en lui  que j’ai trouvé la force d’écrire  ce 20 avril, jour de naissance de Raymond Cousse cette modeste contribution. C’est un bonheur de se promener entre les ouvrages pour partager une culture littéraire. Je lirai à nouveau Don Quichotte. Je finis simplement avant, avec ma méthode de dire ce que cela me fait et ce que je ressens de lire mes trois ouvrages. Je n’aurai pas peur de balancer sur les réseaux sociaux, comme on jette une bouteille à la mer, si je vois que je suis bloquée sur mes ordinateurs ou sur mon site.

Pour ce qui est de ce que j’écris sur Robert Pinget, j’essayerai encore par mon ancienne professeure. Si celle-ci ne réponds pas, je lui porterai et si cela ne va encore pas, je n’hésiterai pas non plus à dispatcher sur les réseaux sociaux et les espaces numériques. Ce texte d’aujourd’hui sera envoyé par courriel ) des gens plus concernés et impliqués  que d’autres. La Géographie a pu servir à faire la guerre, certains s’en sont plaints.  La Littérature c’est une chance pour la Défense et le repos du guerrier. Lorsqu’il dit l’écrivain qu’il citerait bien se sources mais que dans la situation dans laquelle il est « c’est hors de question ». J’ai pensé à la source bien sûr au sens de donner des références pour justifier le sérieux de ses écrits, pour que les gens comprennent à la lecture qu’il n’est pas seul à le penser. C’est typique du travail pour les professeurs « Leroy »ou «  le roi « pour nous qui aimons et les Lettres et sourire en cours de nos mauvaises pensées envers « les rois qui se meurent » comme celui d e la pièce de Ionesco plutôt que navrer Madame Stylistique avec nos larmes. « nègrerie » ce n’est pas « un nègre qui  rit » qu’on entend  quoi que… c’est lieu où les nègres étaient enfermés c'est-à-dire les nègres de la traite des esclaves. Ces  personnes physiques pourraient être les nègres au sens de ceux et celles écrivant les discours des autres, pour d’autres.

J’ai aussi imaginé que la source de l’inspiration d’un écrivain un peu cochon, pourrait être une femme aimée physiquement. Alors au moment où il écrit c’est son intimité et son intégrité de personne physique qu’il défend. » C’est hors de question » ferait référence à sa situation dans sa vie privée. C’est pourquoi je reviendrai une prochaine fois sur cette idée que s’il dédie la pièce à ses deux  filles aînées issues d’une première union c’est peut-être pour leur dire qu’il ne les abandonne pas et qu’il leur souhaite une entrée dans le monde des adultes où elles sauront apprécier l’importance du langage et connaîtront le plaisir de partager des champignons comestibles avec leurs amis.es. Il sait bien puisqu’il s’installe dans une autre famille avec sa seconde épouse  que cette séparation n’est pas facile à vivre.

 Ainsi le titre de la pièce radiophonique puis théâtrale de Nathalie Sarraute Pour un oui ou pour un non est peut-être inspiré d’une phrase de Cyrano puisque je l’ai trouvé par hasard en relisant cette pièce, jouée dans une version modernisée au Lucernaire, par la troupe des Moutons noirs,  il n’y a pas si longtemps.

 Lorsque Raymond Cousse emploie à son tour dans Stratégie pour deux jambons l’expression « pour un oui ou pour un  non » il fait, sans peut-être consciemment repenser à cette pièce, une allusion à la vie sentimentale d’un couple. Le vol des jambons d’Ysangrin initie la longue carrière de trompeur de Renart et est un passage connu. Mais bien sûr je peux me tromper et je  le reconnaîtrai volontiers. Je n’écris pas pour avoir raison ici, j’écris pour  faire lire ces ouvrages.

Je recopie ici un poème de Lamartine extrait des Méditations Poétiques et je refuse de dire pourquoi ni à qui je pense. Le mot salut est le dernier mot que mon père m’a adressé. Le dernier des fils de mon grand-père n’est plus dans son jardin. Un homme s’était rendu à la chambre funéraire. Je visitai ma mère tous les jours. Il avait défait tous ses habits et avait pris son corps pour la serrer dans ses bars. On avait à ce Monsieur qui avait eu la politesse probablement d’annoncer sa visite préparé une vengeance en habillant le corps de ma mère d’un bout de tissu marron, pauvre con ! On m’a interdit l’accès à l’appartement modeste dans lequel il vivait, mon père. Un canapé marron identique à celui qui dans mon enfance servait de lit à ma mère ornait le salon de cet appartement. Vous voulez jouer avec mon histoire et avec les papiers et rares objets qui me viennent de ma mère, Attention !

On a pu forcer des femmes à avorter, on a pu leur suggérer ce geste, on pu  exercer des pressions sociales pour les influencer et leur mentir aussi. On a pu ensuite mentir encore en disant que c’était un garçon à quelqu’un qui est obligé d’abandonner le fruit de ses entrailles.

 Rousseau demande qu’on ne se venge pas, je vous ai épargné cette citation. Frédérique Cohignac née de Jacqueline Forray (décédée le 14 juin 2014 à l'aube)


L’Automne

Salut, bois couronnés d’un reste de verdure !

Feuillages jaunissants sur les gazons épars !

Saint, derniers beaux jours ! le deuil de la nature

Convient à la douleur et plaît à mes regards.

 

 

Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire ;

J’aime à revoir encor, pour la dernière fois,

Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière

Perce à peine à mes pieds l’obscurité des bois.

 

Oui, dans ces jours d’Automne où la nature expire.

A ses regards voilés je trouve plus d’attraits ;

C’est l’adieu d’un ami, c’est le dernier sourire

Des lèvres que la mort va fermer pour jamais.

 

Ainsi prêt à quitter l’horizon de la vie

Pleurant de mes longs jours l’espoir évanoui,

Je me retourne encore, et d’un regard d’envie

Je contemple ses biens dont je n’ai pas joui.

 

Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,

Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau

L’air est si parfumé ! la lumière est si pure !

Aux regards d’un mourant le soleil est si beau !

 

Je voudrais maintenant vider jusqu’à la lie

Ce calice mêlé de nectar et de fiel :

Au fond de cette coupe où je buvais la vie,

Peut-être restait-il une goutte de miel !

 

Peut-être l’avenir me gardait-il encore

Un retour de bonheur dont l’espoir est perdu !

Peut-être dans la foule une âme que j’ignore

Aurait compris mon âme et aurait répondu !...

 

La fleur tombe en livrant aux parfums ses zéphyrs ;

A la vie au soleil ce sont là ses adieux :

Moi je meurs ; et mon âme au moment qu’elle expire,

S’exhale comme un son triste et mélodieux.

 

 
 
 

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