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Par Frédérique Cohignac

Une pierre à l'édifice

Dernière mise à jour : 24 janv.

Le dessinateur de Cartooning for peace en présentant les dessins lors de l’émission intitulé « Une semaine dans le monde sur France 24 nous mit pour débuter cette nouvelle année 2026 une « puce à l’ oreille ». Les images aperçues sur les écrans, tournant en boucle, ne seraient qu’une vision parcellaire de la réalité vécue à Caracas dans la nuit du 02 au 03 janvier par les Américains du sud.

Ce qui part en fumée dans ce dessin de Weil est bien plus qu’un nuage de poussières émanant des bâtiments explosés. C’est l’espoir d’un dialogue fructueux en interne dans le pays. L’échange verbal entre le gouvernement et les gens armés censés garantir le bon fonctionnement des institutions témoigne du choc ressenti par la population.

Aucun sujet, ni verbe dans la phrase expriment le peu de marge de manœuvre réelle des uns et des autres. L’adverbe de temps « jamais » associé à la notion de fidélité traduit l’absence de perspective d’avenir. Weil fait se répondre en miroir les deux reproches formulés de manière catégorique par les deux parties. «  jamais fidèles » «  toujours traîtres ». L’adverbe de temps « toujours », accolé au non respect du droit ou des règles, n’est pas non plus d’un bon présage.

La présidente par intérim, Delcy Rodriguez, reproche aux autres de ne pas être aussi fidèle qu’elle-même. La fidélité aux idées du passé ne serait-elle plus d’aucun secours ?

Pourtant les deux aplats de couleur rose de Weil portent vers le ciel les paroles des Venézueliens comme deux étendards levés face au gourdin bleu brandi par le président américain.

La démocratie est abasourdie et laisse à terre le quidam. Pour autant celui-ci ne lâche ni son drapeau ni son ticket. Face à la puissance économique démesurée des U.S.A, face à l’air impitoyable de son président vêtu de noir le dessinateur a employé des teintes douces pour consoler et rassurer. Les groupes humains du Venezuela sont représentés à la mesure certes de leur modeste développement économique sur la scène internationale mais dans des couleurs contrastées. Celles-ci sont caractéristiques de l’identité sud américaine connue pour la vivacité des habitants. Cette peinture du Vénézuela produit un clair-obscur. Des couleurs chaudes et vives dans des teintes claires donnent l’effet d’un pastel.

Une matraque des forces de l’ordre est pointée vers le bas, une autre est levée. Les forces de l’ordre sont peut-être composites. Une hésitation est perceptible. On se renvoie les responsabilités suite à des politiques en contradiction avec les aspirations du peuple vénézuelien ? Le mot traître fuse de leur groupe : une référence au bon déroulé des élections de 2024 ?

Face à la déstabilisation Weil a pris soin de nous donner des repères. Il nous livre son point de vue en associant à chaque groupe humain une couleur. Les deux membres dirigeants du Venézuela dont Truant nous apprend qu’ils sont de la même famille sont identifiés par le même gris blafard. L’une prend la parole et l’autre affiche le peu de réjouissances qu’inspire la situation. Leurs agissements ne tiennent plus qu’à un fil ,celui de la dextérité du marionnettiste D. Trump. Le regard est blanc, ils sont aveuglés. L’ancien président du Vénézuela est revêtu d’une tenue orange rappelant les peines infligées aux prisonniers de Guantanamo suite aux attentats du 11 septembre 2001. Tandis que le langage des armes cherche à s’imposer le dessinateur choisit des tenues rose-orangées. Au lieu de jouer à qui parle le plus haut l’artiste met au jour les ressentiments des uns et des autres et choisit d’apporter comme Raymond Cousse dans Stratégie pour deux jambons  « sa pierre à l’édifice »sociétal. L’auteur Weil signe dans une brique, placée en haut à droite. Celle-ci fait office de fenêtre dans la maisons des pauvres. Par ce geste il inverse un peu pour nous,public,la perspective et nous invite à changer la façon condescendante qu’adoptent parfois les riches en regardant les pauvres. Sa composition rend hommage aux personnes disparues ainsi qu’ à l’intégralité d’un pays dans lequel chacun,considéré avec la même hauteur de vue. aurait droit à une place, un visage, une couleur et ses propres rêves de grandeur.


J'apprends avant de publier ce jour, dimanche 11 janvier, ce texte écrit hier que des funérailles nationales en l'honneur des 24 militaires tués avec d'autres personnes pendant l'assaut ont eu lieu le mardi 06 janvier. Mon texte est écrit pour Weil. Je lui témoigne publiquement de ce que je ressens. J'écris ce que son dessin me fait. Mon nom est Frédérique Cohignac. Je ne publie plus sur les réseaux sociaux par précaution.


Un dessinateur dont je connaissais bien l'oeuvre m'a quittée ce 08 janvier 2026. Je l'ai appris plus tard, Sergueï. Ce 23 janvier je rajoute le paragraphe qui suit. J'avais commencé à commenter un de ses livres, je reprendrai cet article pour le publier. Quelques enfants du collège Chombart de Low à Paimpol avaient beaucoup aimé découvrir ses oeuvres et écouté sa voix enregistrée sur France culture. On m'a immédiatement attaquée. Une autre fois par facebook un message adressé à "Elena,dessinatrice" était arrivé en copie sur ma boîte de messagerie. La conversation a probablement été piratée. Il avait eu un mot gentil auparavant.

Ce commentaire, daté du 11 janvier, est pour moi lié au souvenir impérissable de cet artiste pluriel. Son oeuvre est multiforme et n'a rien de commerciale. J'avais enlevé la phrase "mes yeux dans les yeux de Sergueï" pour que ma relation avec lui ne ressemble jamais à aucun jeu, à aucun marketing. Je ne l'ai jamais approché ni rencontré; ce n'est pas le problème. Sergueï faisait corps avec son oeuvre. Il avait une voix. Sur une photo diffusée par le journal "Le Monde" on affiche son visage sans que ses yeux n'apparaissent ouverts. La qualité de sa lumière intérieure est perceptible là comme sur d'autres photos. Le bleu clair avec le bleu foncé est une association qui figure sur quelques objets me venant de ma mère. Une coupelle avec une fleur de lys reprend ce motif. J'ai trouvé curieux ce montage photo avec la légende indiquant la date de la Saint Christine en France le 24 juillet. En effet une partie des catholiques en France est plus ou moins ouvertement intolérante avec les artistes sans foi d'après guerre ou des années soixante à quatre-vingt dix. La famille d'où je viens me rejette depuis longtemps et n'a été intéressée que par le profit qu'elle pouvait tirer d'une situation peu ordinaire qu'on a pris un malin plaisir à compliquer. Je me défendrai mieux, Sergueï.

Mes yeux resteront dans ses yeux et j'espère que mon regard soutiendra ses proches et son public. Quelqu'un du service clientèle au journal "Le monde" avait tenté de me faire joindre par tel parce que j'avais arrêté mon abonnement.

On avait j'en suis certaine essayé de court-circuiter la communication et d'empoisonner la relation. Quand un dessin de Urbs m'a écoeurée, j'ai coupé.

J'ai vu que beaucoup plus tard, quand c'est trop tard, quand le mal est fait on a changé et installé une sorte d'intermédiaire, d'interface avec le public. Merci, tout de même, à ceux et celles qui ont réagi. Je pense qu'il a souffert de ne pas avoir d'explication. Je me bats en refusant de me laisser dégoûter, c'est pourquoi je me suis éloignée avant d'entrer dans un cercle vicieux dans lequel les harceleurs et harceleuses font entrer sous prétexte de professionnalisme. En réalité ce qu'ils veulent c'est violer, envahir cet espace

scénique, cet espace vide entre l'artiste et le public en obligeant les gens, S'immiscer, s'imposer faire entrer des considérations qui n'ont pas lieu d'être

d'être pour marquer un territoire n'est pas l'univers de Sergueï me semble-t-il. . Cet espace n'est pas un territoire, il est inutile de le marquer. J'y reviendrai plus longuement.

Puisque je rassemble sous cet intitulé "Une voix ne s'élève jamais seule" des textes ou des dessins en lien avec l'oeuvre de Raymond Cousse j'ajouterai un dessin de Sergueï figurant un petit cochon que j'avais choisi pour illustrer mon mémoire.

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